composer (les ateliers d’Isabelle Ravet)

 

10 propositions pour composer une « still-life »

La démarche générale consiste à mettre en œuvre la composition puis à la photographier. C’est la photographie qui servira de base à la création picturale, un peu à la manière d’esquisses. Cette approche est privilégiée parce que tous les élèves de l’Atelier Isara ne possèdent pas les techniques de base en dessin pour réaliser des croquis de leurs compositions .

  1. A l’origine, l’idée. Ou l’objet. Ou le sujet. Ou l’ambiance. Bref… quelque chose! La composition pour la composition se décompose. Il vaut mieux partir de quelque chose quitte à abandonner cette chose/idée/ambiance/objet en cours de route.

Le conseil d’Isabelle Ravet : ne vous figez sur cette idée ou cet objet, vous courez le risque de vous bloquer sur une impasse. Accueillez les idées différentes avec reconnaissance. Photographiez chaque changement de votre composition.

Illustration : Mon idée initiale était d’intégrer un petit masque vénitien dans une composition nostalgique  à l’ancienne.

2. L’indispensable boite à brol

Quand l’idée est là, le geste incontournable c’est de sortir la boite à brol et de la tenir prête ! C’est là qu’on trouvera tous les objets qui aideront à finaliser la composition.

Le conseil d’Isa : constituez-vous plusieurs boites à brol et organisez-les par thème.

3. L’idée appuyée sur un fond

Livrés seuls à l’espace ouvert les objets se diffusent, les points d’attention se dispersent. Un arrière-plan, un fond, est donc indispensable pour limiter le récit, ramener le regard vers un espace restreint. Il n’est pas inutile non plus de changer de fond car les ambiances peuvent varier avec la couleur, la matière ou la texture. Ainsi, tel fond peut « moderniser » la composition quand un autre renforcera un aspect plus ancien ou l’alourdira.

Le conseil d’Isa : constituez une batterie de fonds, divers dans leur texture, couleur, taille, etc.

Illustration :

 

4. Différents plans pour mettre en œuvre les mouvements

Un avant-plan pour asseoir la composition, un plan où les objets se déposent et un arrière-plan. En tous cas, des choses doivent se passer. On rapprochera généralement les objets du bord mais on laissera toujours un espace au-dessus et en dessous de la composition pour permettre, a posteriori, entre autres choses de travailler l’image sur l’ordinateur.

Le conseil d’Isa : il est aussi intéressant de placer la composition dans une boite, cela permet de générer des plans supplémentaires et des ombres. On peut aussi ajouter éventuellement des plans latéraux colorés sur lesquels la lumière se reflète ce qui projette une sorte d’aura sur la composition.

Illustration : Les franges du châle en avant-plan enrichissent la composition parce qu’elles la posent dans un espace, les plis du tissu indiquent la surface sur laquelle reposent les objets.

5. Des objets liés à l’ambiance ou aux lignes directrices

On placera généralement des objets en nombre impair mais ce n’est pas une règle absolue. Le mieux, c’est l’ennemi du bien. Le plus, c’est l’ennemi de la composition. Ajouter un objet pour remplir un espace, c’est inutile. Par contre, on veillera à ce qu’un objet n’en cache pas un autre; on évitera de coller les objets les uns aux autres, de les aligner – sauf volonté délibérée de faire une composition linéaire –, de les entasser d’un seul côté…

Le conseil d’Isa : repérez aussi les « espaces négatifs ». Ils doivent jouer un rôle et être cohérents. Évitez les éléments trop symétriques. En cours de composition, faites déjà une sorte de mise en scène, des rapprochements qui « racontent quelque chose ».

Illustration : Le masque vénitien abandonné sur un châle me faisait penser à une femme rentrant d’un week-end Venise. Donc, j’y ai ajouté un sac, ouvert, un collier, un livre. J’ai choisi, dans la boite à brol des verres, une coupe à champagne. Dans une autre boite à brol,  j’ai trouvé un petit portrait à l’ancienne, très 18ème, qui suggère, par exemple, le retour d’une escapade amoureuse, ou une déception, ou… Pour la cohérence de l’idée « retour de week-end », j’ai refermé le livre. J’ai réarrangé les perles pour ôter un excès de symétrie.

6. Des matières, des tailles, des formes multiples…

Composer c’est donc aussi réaliser des rapprochements entre matières, forme et taille. Varier la taille des objets permet d’organiser un mouvement interne, de donner du dynamisme à la composition, d’attirer le regard vers des points de fuite : le triangle, la vague, l’oblique, plusieurs lignes obliques en degradé, etc.

Illustration : Dans le cas de l’inspiration vénitienne, cuir, papier, perles c’était ma première intention. En ajoutant le verre du type coupe à champagne, j’apportais à la fois du sens ainsi qu’ une matière et une forme différentes : l’ellipse contrastait avec l’angle du livre et l’arrondi des perles.

Le conseil d’Isa : ne pas laisser le verre vide, le remplir, pour faire sens.

 

7. Les couleurs pour les effets

En général, pour le fond, on privilégiera les couleurs froides (vert, bleu, violet et variantes).

En général, pour l’avant plan, on privilégiera les couleurs chaudes (rouge, orange, jaune et variantes).

Avoir à l’esprit que les couleurs froides éloignent et que les chaudes rapprochent. Et que les couleurs claires ont moins de poids visuellement que les foncées.

Le conseil d’Isa : n’hésitez pas à modifier la couleur d’un objet ou l’objet lui-même afin de tester des effets.

Illustration : Plutôt qu’une coupe à champagne (claire et froide), j’ai choisi dans la boite à brol un verre (vénitien ?) de couleur rouge (foncé et chaud) introduisant ainsi la couleur complémentaire du masque. De la même manière, j’ai remplacé le châle dans les tons rouges par un châle plus clair afin d’accentuer les contrastes. Et j’ai testé d’autres fonds!

8. La lumière et les ombres

Les contrastes, les ombres, les touches de lumière se posent au moment de la composition.

Le conseil d’Isa : dans la mesure du possible travaillez avec la lumière naturelle du soleil, bien plus efficace que les projecteurs les plus sophistiqués. Posez la composition pour que les rayons tombent latéralement sur elle et non de face. Mais comme le soleil bouge, bougez avec lui. Donc, posez votre composition sur une table légère pour pouvoir la déplacer avec le soleil.

Illustration : le jour de la composition, le temps était gris. Puis a surgi un rayon de soleil qui a fait toute la différence.

9. Enfin le regard posé

Puisqu’il s’agit – enfin – de photographier la composition à reproduire, il est important de faire passer son regard par l’objectif. Une focale normale suffira pour travailler.

La plongée (l’œil plus bas que le sujet à photographier) est rarement utilisée sauf en cas de recherche d’effet. L’œil au même niveau est proche de l’effet publicitaire « présentation de produit ». La contre-plongée importante est plus moderne.

Le conseil d’Isa : Optez pour une contre-plongée légère qui met en évidence certaines formes intéressantes.

Illustration : l’ellipse du verre, presque invisible si l’on photographie de face, devient une forme à part entière.

 

10. Choisir c’est renoncer à tout le reste…

Toutes les photos des étapes s’étalent sous les yeux. Il faut maintenant choisir celle que l’on reproduira. En tenant compte des principes énoncés ci-dessus mais aussi de la composition qui nous « parle » le plus.
Dans ce cas-ci, si je devais retenir une seule photo, je garderais celle au fond en béton – plus moderne et moins chargé – ,  où j’ai travaillé le placement des rubans, des perles, des lignes de fuite, des plis et pour laquelle le soleil m’a été favorable… Il ne reste plus qu’à peindre!…

Illustration :

 

Texte soumis à la loi sur la reproduction. Autorisation à demander à amelie.haut01@gmail.com

 

Publicités