L’oeil gourmand. Isabelle Ravet expose.

Isabelle Ravet expose à la Banque Delen. Le visiteur doit donc, d’abord, entrer dans cet impressionnant écrin du XIXème, franchir quelques escaliers, quelques étages d’ascenseur, pénétrer dans un univers de luxe évident et accepter la blancheur des murs avant de regarder. Pour cette exposition, les toiles d’Isabelle Ravet ne se laissent donc pas approcher au détour d’un passage dans une galerie.

Et peut-être est-ce justement cet espace superbe, cette enfilade de vastes pièces, ce décor à la modernité dépouillée, qui permet de comprendre au mieux l’évolution de l’art d’Isabelle Ravet. Exit les objets du quotidien présentés dans un souci de réalisme absolu et dans la perspective du trompe l’œil.

Désormais, on entre  dans un univers beaucoup plus complexe où des compositions chiadées côtoient des représentations presque brutes quasiment proches d’un certain minimalisme. Mais toutes sont mises en valeur pas une sorte de nouvel ascétisme chromatique qui donne son unité à l’ensemble.

Désormais, comme dans les natures-mortes ou les vanités des maîtres du XVIIème, ici, le regard peut ne pas s’arrêter pas à l’objet ; l’œuvre lui donne le pouvoir d’aller au-delà dans cet espace arrière ouvert sur l’obscurité de l’imaginaire, de  la dépasser, d’y entrevoir une symbolique.

Ce n’est pas pour rien qu’un des livres représentés par Isabelle Ravet porte comme titre « Anatomie de l’âme ». Il y a de cette évolution-là dans ses tableaux, tantôt presque abstraits, tantôt sophistiqués, tantôt rugueux, comme les tourments de l’âme en fin de compte.

On a dit souvent qu’Isabelle Ravet était la peintre du quotidien.  A mes yeux, elle est maintenant la peintre du quotidien sublimé et métaphorique.  Mais, si son œuvre change dans la forme, elle ne se départit jamais de son absolue élégance.

Exposition accessible à la Banque Delen, 72 avenue de Tervueren à 1040 Bruxelles du lundi 21 et jeudi 24 novembre 2022 de 10 à 17h et en décembre à l’atelier de l’artiste sur rendez-vous (0477680244)  

Parcours d’artistes d’Ixelles

Amélie Haut exposera quelques nouvelles toiles à l’occasion du parcours d’artistes d’Ixelles, les 16 et 17 septembre 2022, chez La fille d’à côté, 238 chaussée de Boondael, 1050 Bruxelles.

Elle vous invite à partager les bulles de l’amitié  le vendredi 16 septembre de 17 à 19h.

Ouverture le samedi 17 de 12 à 18h.

Le dimanche 18 septembre de 11 à 18h, Amélie Haut participera activement aux portes ouvertes de l’Atelier Isara. Une occasion de venir découvrir sa technique « en vrai »!

Vanités, des vanités

Si vous n’aimez pas les tableaux où les crânes disputent la vedette aux fleurs, où les os s’appuient contre un sablier et où les mouches corrompent des raisins brillants, bref si vous ne supportez pas les vanités, alors passez votre chemin, cet article n’est vraiment pas pour vous.

Si, au contraire, dans ces vanités de toutes les époques et de tous les lieux, vous trouvez matière à réflexion ou même, comme moi, à inspiration, alors lisez ce texte puis empressez-vous d’organiser un séjour à Lyon et visitez l’exposition, organisée par le Musée des Beaux-Arts, A la mort, à la vie – Vanités d’hier et d’aujourd’hui. Dépêchez-vous, vous avez jusqu’au 7 mai ! Ludmila Virassamynaïken, Conservatrice en chef du MBA, est commissaire de cette expo et la scénographie est due à Flavio Bonucelli qui a opté pour un parcours thématique en 10 étapes, abordant tantôt la vanité de la jeunesse, tantôt celle des plaisirs  des savoirs ou des arts, tantôt la nécessaire méditation sur le sens de la vie.

Vanités des vanités, tout n’est que vanité dit  l’Ecclésiaste par l’intermédiaire du roi Salomon (Ecclésiaste 1:2) évoquant ainsi la réalité éphémère de l’être humain. Tout n’est que vanité et poursuite du vent (Ecclésiaste 1:14). Mais si la vie est fugace et fragile, alors faut-il a fortiori en clamer la beauté, la richesse et le caractère précieux. En rappeler le prix et, par conséquent, évoquer la nécessaire humilité dont nous devons faire preuve.

Etrangement, le premier dessin présentant le triomphe de la mort (Pietro Lorenzetti) date de 1348, année où la Grande Peste décime l’Europe. Ce qui n’est pas sans faire écho dans mon esprit à cette période chaotique que nous traversons aujourd’hui où à la pandémie succède la guerre.

P. Gijsels, Momento Mori, XVIIème
F. Cittadini, Vanité , XVIIème

C’est au 15ème siècle que la mort prendra l’apparence du squelette lequel cèdera, au 17ème, sa place  symbolique aux crânes, déjà bien présents grâce aux avancées scientifiques dans des œuvres des 15 et 16ème. On trouve donc toutes sortes de crânes et de représentation de crânes dans cette exposition hors du commun.

Dans beaucoup de tableaux, autour du crâne, viennent se poser une série d’objets symboliques dont le sens second est suffisamment ancré dans l’imaginaire comme le sablier, la montre, la chandelle qui se consume ou la bulle de savon. D’autres sont moins évidents comme le verre de vin (vanité des plaisirs) ou l’écorce de citron pelée en spirale (écoulement de la vie).

Picasso, Vanité, 1946
Simon Renard de Saint André, Vanité, 1650

Mais à toutes les époques, depuis la vanité de Simon Renard de Saint André (1650) à celle de Picasso (1946), on retrouve un « bric à brac » d’objets entourant le crâne, comme dans les cabinets d’alchimistes,  à la recherche du secret pour prolonger l’existence.

A. Mignon, Chat renversant un vase de fleurs (détails) XVIIème

Pourtant, parfois, certains bouquets, chargés de détails (animaux, insectes, papillons, fourmis…), suffisent à transmettre le message de la brièveté de la vie.

Une salle entière de l’exposition est dédiée à Saint Jérôme, saint patron des traducteurs et traductrices, dont l’image de l’ermite, retiré pour méditer dans le désert, l’emporte en fin de compte  sur celle du savant.

Mais le moment le plus impressionnant de la visite est certainement celui où le visiteur découvre l’installation d’Erik Dietman, intitulée bizarrement L’art mol et raide ou l’épilepsisme-sismographe pour têtes épilées : Mini male head coiffée du grand mal laid come une aide minimale, et qui présente 38 crânes fixant un petit carré sur le mur opposé.

Au cours des dernières expositions que j’ai faites, on m’a souvent  demandé pourquoi j’aimais peindre des vanités, ces compositions de crânes et d’os que beaucoup qualifient de morbides. L’installation d’Erik Dietman répond à ces remarques.  Tous ces crânes sont unifiés dans leur état. Blancs ou noirs, jaunes ou rouges, jeunes ou vieux, riches ou pauvres, faibles ou puissants, tous reviennent à cet état unique d’os pour l’éternité. Et nous rappellent que la vie, toute courte et fragile qu’elle est, doit être vécue avec joie et lucidité. Protégée. Et appréciée au mieux. Avec reconnaissance.

Photos Amélie Haut

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