Amélie Haut aux ateliers TADA

Il y a quelques semaines, Camille Delmarcelle avait vu mon travail lors du parcours d’artistes d’Ixelles où j’avais exposé dans deux endroits différents. Imaginez donc ma surprise  quand elle m’a demandé si j’accepterais de venir animer un atelier dans sa classe, aux ateliers TADA (ToekomstATELIERdelAvenir). Il s’agissait de rejoindre un certains nombre d’autres artistes pour faire découvrir le monde de l’art aux 27 enfants de 6ème primaire qui, tous les samedis, rejoignent sa classe de week-end! Ce concept d’école du week-end, est venu des Pays-Bas, l’IMC weekendschool, et  TADA se définit comme un « réseau d’apprentissage qui implique le citoyen et le monde de l’entreprise dans l’émancipation et l’intégration des jeunes socialement vulnérables et leur entourage ».  Les enfants âgés de 10 à 14 ans s’engagent donc à passer tous leurs samedis à l’école pendant 3 ans, sur base volontaire, et apparemment avec enthousiasme. Ils y découvrent la société et le monde professionnel « des adultes ». On peut lire sur le site que TADA « arme ses jeunes élèves contre la démotivation et le manque de perspectives d’avenir, qui peuvent entrainer divers problèmes (comme le décrochage scolaire, la délinquance, le chômage, voire la radicalisation) ». TADA vise aussi à une société plus inclusive pour une meilleure cohésion.

Bien entendu, le projet me parlait et m’attirait mais qu’allais-je pouvoir apprendre à ces enfants? Et d’autant plus que, dans ce projet,  j’allais être entourée d’autres artistes bien plus compétents et connus que moi, comme la céramiste Camille Steyaert , l’autrice et illustratrice Marie Wabbes, l’artiste designer Lou Van’t Riet, le sculpteur  Philippe Leblanc ou le dessinateur Marco Paulo… Leur projet étaient clairs: Camille travaillerait l’argile avec eux, Marco les ferait dessiner un arbre et Marie un portrait, Lou les pousserait à dessiner des monstres et Philippe réaliserait un puzzle. Où allais-je bien pouvoir me situer parmi tous ces artistes magnifiques?

J’ai donc décidé de leur expliquer au cours des 30 minutes, par groupe de 7 enfants, qui m’étaient accordées comment composer un tableau. J’ai fait en sorte qu’ils retiennent trois choses. D’abord, sans leur parler des lignes de fuite, j’ai utilisé ce qu’ils étaient sensés connaître en 6ème primaire: les plans et les formes géométrique. Je leur ai demandé de construire leur projet autour de la forme géométrique du triangle, avec un avant plan et un arrière plan.  Ensuite je leur ai proposé de choisir au moins 3 objets dans la boite à brol que je leur avais apportée. Et enfin, je leur ai demandé de construire, autour de ces objets, une petite histoire avec l’outil rigolo mais combien efficace QQCOQP* (lire les lettres).  Et on en a profité pour vérifier que le mot brol est bien un mot français situé dans le petite Robert à la page 306!

J’ai répété l’exercice quatre fois avec 4 groupe différents, de 7 enfants. A chaque fois ils avaient 30 minutes pour comprendre ce qu’est une composition et la réaliser! Et j’ai été ahurie des résultats. La créativité et l’intelligence des enfants est sans limite. Le plus turbulent, le plus passif ou la plus timide s’éclairent dès qu’ils peuvent prendre en main des objets et créer. C’était une expérience inattendue mais vraiment humainement exceptionnelle. Je ne peux pas vous montrer les 28 compositions alors j’en ai choisi 9 , celles qui m’ont le plus interpelée par leur esthétisme, leur contenu, leur construction ou … leur esprit décalé! Merci Maher, Hanane, Goffrane, Adam, Francesco, Mamadou et tous les autres!

*Qui, Quoi, Comment, Où, Quand, Pourquoi.

Texte soumis à la loi sur la reproduction. Autorisation à demander à amelie.haut01@gmail.com
Crédit photos Amélie Haut

Incarnation de l’Afrique

Je suis allée voir l’exposition IncarNations un peu comme un acte contraint. Du genre de ceux qu’on pose par culpabilité, parce que tout le monde vous demande si vous avez déjà… ou vous dit que vous devriez… ou ne comprend pas que, vous, vous n’ayez pas encore… J’avais résisté jusqu’à hier. Mes raisons, selon moi, faisaient sens pour justifier mon manque d’intérêt : je n’ai pas d’affinités particulières avec l’Afrique, j’ignore tout de l’art africain et plus encore de l’art contemporain africain, je ne connais aucun artiste … Bref, quelques raisons pas très bonnes et, comme souvent dans ces cas-là, quand il n’est plus resté que deux jours avant la fin de l’expo, j’ai couru vitevite, un vendredi en fin d’après-midi, pour y faire un tour que je pensais rapide et trouver une justification au fait de continuer à dire que, non, tout compte fait, je ne connais toujours rien à l’art africain qui ne me touche pas.

C’était compter sans la scénographie conçue par l’artiste Kendell Geers pour présenter quelques-unes des œuvres rassemblées par le collectionneur Sindika Dokolo, et qui vous happe dès la porte de verre poussée pour entrer dans l’exposition. On comprend aussitôt qu’ici, il n’y aura pas d’ethnocentrisme, que le regard, peut-être encore empreint de colonialisme, sera mis à distance par le réseau des productions originales liées à la diaspora autant qu’aux productions proprement africaines. La scénographie disais-je. Incroyablement séduisante. Trompeuse, comme le jeu des miroirs installés dans toutes les salles, aux murs, au sol, et dans lesquels vont se répondre des œuvres d’époques éloignées. Et qui vous imposent, vous aussi, comme partie prenante du jeu artistique, par ce regard que vous portez sur les œuvres, donc sur le miroir, et auquel vous ne pouvez échapper. Se voir regardant l’art. S’imaginer traversant le miroir pour atteindre le cœur de l’œuvre. De l’art ? L’expérience impose l’humilité devant des objets artistiques, qu’effectivement on ne comprend pas toujours mais qui ne cessent d’interpeler. Pas étonnant que l’exposition soit sous-titrée African art as philosophy. La scénographie, donc. Labyrinthique. Colorée. Comme les tissus africains. Dans une effervescence d’images qui se croisent. La scénographie, encore. Omniprésente. Peut-être trop présente dans sa prolifération. Au point parfois de distraire ce regard, qui finit par se poser sur l’œuvre telle qu’elle est dans le jeu des miroirs plutôt que sur l’œuvre elle-même. Même si l’originalité de certaines pièces parvient à les sauver de l’emprise.

 

Qu’à cela ne tienne. Si vous voulez vivre une réelle émotion artistique, il vous reste encore 24 heures. Demain l’exposition fermera ses portes à 18h. Si vous n’y allez pas …

BOZAR, Palais des Beaux-Arts, Bruxelles. Jusqu’au 6 octobre à 18 h. Demain family day !

Texte soumis à la loi sur la reproduction. Autorisation à demander à amelie.haut01@gmail.com 

Crédit photos Amélie Haut