Challenge déroutant, c’est parti!

Les inscriptions au Challenge déroutant sont désormais clôturées!

Merci aux 11 artistes qui y participent.

Vous pourrez les découvrir ainsi que leurs œuvres ici même, dès le 27 avril, dans l’exposition:

Art et confinement

Vernissage le mardi 28 avril à 17h.

 

A bientôt donc!

Challenge déroutant

Vous hésitez encore à participer au challenge déroutant? N’hésitez plus car le temps presse!

Envoyez-moi à l’adresse amelie.haut01@gmail.com un chiffre de 1 à 20 accompagné de la mention « Challenge déroutant » AVANT aujourd’hui midi. Attention! de nombreuses photos sont déjà réservées
( 3, 4, 5, 7, 8, 14, 15, 16, 18 voir dans l’encart ci-contre).
Chaque chiffre correspond à la photo d’un tableau que j’ai choisi et que je vous enverrai par retour de mail avec les consignes du challenge!
Et bien entendu,  pas besoin de toile, ni de peinture ni de pinceaux, sauf si vous insistez! (De la colle, peut-être?)

Le challenge déroutant vous attend!

Fin de l’histoire

Ce n’est pas dans mes habitudes de parler de moi sur ce blog que je dédie plutôt à mes expériences picturale ou de lecture. Qu’il me soit toutefois permis de déroger à cette règle pour vous raconter une histoire.

Un beau jour d’avril 1994, la Professeure Elsa Dehennin qui enseignait la littérature espagnole et latino-américaine à l’ULB et dont j’avais, dans les années 70, suivi passionnément les cours, me téléphona. Nous étions quelques privilégiés à avoir, depuis cette époque, gardé un contact suivi avec elle, notamment dans le Club de lecture où, tous les deux ou trois mois, nous discutions du livre qu’elle avait choisi de nous faire lire. A chaque rencontre, nous essayions d’être à la hauteur de ses attentes par des réflexions que nous jugions « pointues », mais elle nous éblouissait toujours par la brillance de ses analyses.

Ce jour-là, de sa voix posée si élégante, quasiment diaphane, elle me demanda si je pouvais lui rendre un service. Evidemment, sans même savoir de quoi il s’agissait, je répondis par l’affirmative, parce que je considérais comme un honneur qu’elle s’adressât à moi. Elle m’expliqua que l’un de ses amis libraires lui avait demandé d’animer une rencontre, dans sa librairie, avec un jeune auteur inconnu qui venait pour la toute première fois en Belgique présenter son premier roman publié en français, lequel faisait déjà parler de lui . Elle ajouta qu’elle était débordée, investie, comme je ne l’ignorais pas, dans une recherche sur Julián Ríos – nous venions de lire Sombreros para Alicia* pour le Club – , qu’elle ne pouvait décidément pas détourner du temps à la préparation de cette discussion, qu’elle souhaitait que je la remplace et que si j’acceptais, elle m’enverrait ce roman par la poste.
Je ne me souviens pas de ce que j’ai pu lui dire, écrasée sans doute par le poids de ce que je considérais comme une véritable mission, mais quand j’eus raccroché, je pris conscience de ce que je venais d’accepter une tâche impossible. J’ignorais en tous cas qu’elle allait donner à ma vie une orientation inattendue.

Au bout d’une semaine, arriva un petit paquet que j’ouvris avec une fébrilité facile à imaginer. Le roman n’était pas très gros, en effet. Il portait un titre surprenant, El viejo que leía novelas de amor (Le vieux qui lisait des romans d’amour), et son auteur, inconnu, s’appelait Luis Sepúlveda. Et inconnu, il l’était bel et bien: j’ignorais tout de lui en dehors des quelques lignes de la quatrième de couverture! Pendant un mois, je me mis à faire des recherches sur lui tout en me maudissant d’avoir accepté (par orgueil?) cette tâche que j’envisageais comme bien au-delà de mes compétences. Je finis par dénicher un ou deux articles dithyrambiques dans des journaux français connus pour leur rigueur intellectuelle, ce qui me rassura. Puis, je me plongeai dans le texte (le texte, rien que le texte, comme nous le répétait Elsa Dehennin).
Quand arriva le jour de la rencontre à la librairie, je vis pour la première fois Luis Sepúlveda, flanqué de son éditrice, la très belle et surannée Anne-Marie Métailié (elle n’allait pas le quitter pendant 30 ans). Il semblait aussi stressé que moi. C’était rassurant. Et d’autant plus que Luis, en vrai séducteur, avait le don d’aider les animateurs en étant suffisamment prolixe pour leur permettre de se détendre un peu avant la question suivante. Au bout d’une heure, nous étions (presque) devenus amis. Et je me risquai à lui poser une question qui resterait dans nos mémoires. « Luis Sepúlveda, vous considérez-vous comme l’Alejo Carpentier de la post-modernité? » Il me fixa un instant de ses yeux très noirs avant d’éclater de son rire rauque et profond de fumeur invétéré et de me dire « Christine, avec des questions pareilles, tu vas faire carrière, c’est certain! »
Nous nous sommes revus souvent. A Gijón, lors de multiples festivals de la Semana Negra. A Bruxelles où il avait accepté de participer à un colloque d’enseignants, en 1995, et où je pus, une fois encore, l’interviewer. A Saint Malo, au Festival Les étonnants Voyageurs. A Vincennes, au Festival America. A Paris. Et en 2017, à la Foire du Livre de Bruxelles.
Lucho n’avait pas tort. Je n’ai pas fait « carrière » mais, prise au jeu, j’ai eu, par la suite, l’immense chance d’interviewer de très grands noms de la littérature, Javier Marías, Jorge Semprun, Javier Cercas, Lorenzo Silva, Nouria Amad, Fernando Savater, Víctor del Árbol, Deon Meyer, R.J. Ellory, Sandrine Collette, Franck Bouysse et bien d’autres. J’ai toujours gardé en tête l’idée qu’il me fallait trouver au moins une question déstabilisante, amusante ou inattendue.

Et chaque fois, au moment où je la pose, le rire de Luis résonne dans ma mémoire.

 

 

Incomparable conteur d’histoires inspiré par Jules Verne, Dumas ou Francisco Coloane, Luis Sepúlveda (1949- 2020) passe avec bonheur de la nouvelle au roman d’espionnage, du reportage aux ouvrages pour la jeunesse. Vous pouvez trouver et télécharger tous ses livres (une trentaine) sur le site des Editions Métailié, auxquelles il est toujours resté fidèle. Mais, bien entendu, si ce n’est pas encore fait, lisez d’abord Le Vieux qui lisait des romans d’amour (1992, traduit par François Maspero). Moi, j’aime beaucoup ses romans noirs, Un nom de Torero (1998, traduction François Maspero) qui parle de tout sauf de tauromachie, et la suite récente La fin de l’histoire (2017, traduction David Fauquemberg).

*Julian Ríos existe, même si je ne l’ai jamais rencontré! Ecrivain dont le travail a été considéré dans les années 90 comme l’avant-garde de la littérature espagnole et dont le texte Larva paru en 1990 a fait l’effet d’une révolution littéraire. Le journal français Libération considérait le texte comme « L’une des grandes aventures postmodernes de l’écriture ».  Carlos Fuentes, Octavio Paz, Juan Goytisolo le considèrent comme le rénovateur de la prose espagnole.  Son travail porte  essentiellement sur le traitement des mots, imbriquant les langues, tordant les calembours et créant de nouveaux signes dans un maillage de sens.
Chapeaux pour Alice, 1994. Éditions José Corti. Traduit par Geneviève Duchêne.