Incarnation de l’Afrique

Je suis allée voir l’exposition IncarNations un peu comme un acte contraint. Du genre de ceux qu’on pose par culpabilité, parce que tout le monde vous demande si vous avez déjà… ou vous dit que vous devriez… ou ne comprend pas que, vous, vous n’ayez pas encore… J’avais résisté jusqu’à hier. Mes raisons, selon moi, faisaient sens pour justifier mon manque d’intérêt : je n’ai pas d’affinités particulières avec l’Afrique, j’ignore tout de l’art africain et plus encore de l’art contemporain africain, je ne connais aucun artiste … Bref, quelques raisons pas très bonnes et, comme souvent dans ces cas-là, quand il n’est plus resté que deux jours avant la fin de l’expo, j’ai couru vitevite, un vendredi en fin d’après-midi, pour y faire un tour que je pensais rapide et trouver une justification au fait de continuer à dire que, non, tout compte fait, je ne connais toujours rien à l’art africain qui ne me touche pas.

C’était compter sans la scénographie conçue par l’artiste Kendell Geers pour présenter quelques-unes des œuvres rassemblées par le collectionneur Sindika Dokolo, et qui vous happe dès la porte de verre poussée pour entrer dans l’exposition. On comprend aussitôt qu’ici, il n’y aura pas d’ethnocentrisme, que le regard, peut-être encore empreint de colonialisme, sera mis à distance par le réseau des productions originales liées à la diaspora autant qu’aux productions proprement africaines. La scénographie disais-je. Incroyablement séduisante. Trompeuse, comme le jeu des miroirs installés dans toutes les salles, aux murs, au sol, et dans lesquels vont se répondre des œuvres d’époques éloignées. Et qui vous imposent, vous aussi, comme partie prenante du jeu artistique, par ce regard que vous portez sur les œuvres, donc sur le miroir, et auquel vous ne pouvez échapper. Se voir regardant l’art. S’imaginer traversant le miroir pour atteindre le cœur de l’œuvre. De l’art ? L’expérience impose l’humilité devant des objets artistiques, qu’effectivement on ne comprend pas toujours mais qui ne cessent d’interpeler. Pas étonnant que l’exposition soit sous-titrée African art as philosophy. La scénographie, donc. Labyrinthique. Colorée. Comme les tissus africains. Dans une effervescence d’images qui se croisent. La scénographie, encore. Omniprésente. Peut-être trop présente dans sa prolifération. Au point parfois de distraire ce regard, qui finit par se poser sur l’œuvre telle qu’elle est dans le jeu des miroirs plutôt que sur l’œuvre elle-même. Même si l’originalité de certaines pièces parvient à les sauver de l’emprise.

 

Qu’à cela ne tienne. Si vous voulez vivre une réelle émotion artistique, il vous reste encore 24 heures. Demain l’exposition fermera ses portes à 18h. Si vous n’y allez pas …

BOZAR, Palais des Beaux-Arts, Bruxelles. Jusqu’au 6 octobre à 18 h. Demain family day !

Texte soumis à la loi sur la reproduction. Autorisation à demander à amelie.haut01@gmail.com 

Crédit photos Amélie Haut

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