Trains: de la peur au fantasme

2021 était l’année du Train. Europalia dans son programme Trains & tracks lui consacre donc plusieurs expositions dont Voies de la Modernité aux Musées Royaux des Beaux-Arts.

En 1820, en Grande Bretagne, apparaissent les premières lignes ferroviaires suivies, une quinzaine d’années plus tard, par le développement, en Belgique, des premières ébauches de réseau. C’est d’abord la peur qui surgit face à ce monstre de métal crachant de la vapeur, capable de transformer la relation de l’homme à l’espace et à la vitesse, donc au temps. Mais, une fois les angoisses maîtrisées, le train devient évidemment le porteur du développement, du progrès, de l’enrichissement. Les premières toiles consacrées aux trains célèbrent d’ailleurs l’avancée technique (Constantin Meunier) et le découvreur de débouchés commerciaux.

Goeneutte, Le Pont de l’Europe La nuit (1887)

Une fois la crainte dépassée, les peintres commencent à voir dans le train un intrus qui modifie sans retour possible, la ville, le paysage, la société, les êtres. Ce n’est pas pour rien s’il inspire les Impressionnistes comme Monet, Caillebotte ou Goeneutte, auteurs de plusieurs toiles sur le Quartier de l’Europe, véritable noeud ferroviaire qui nécessitera la construction du Pont de l’Europe que beaucoup peindront.

Dans le courant du XIXème, la gare devient un lieu de modernité et d’innovation architecturale ou sociale sans précédent.

The Railway Station
William Powell Frith The Railway Station (1862)

L’époustouflante toile The Railway Station de William Powell Frith (dont on ne peut voir dans cette exposition , hélàs, qu’une reproduction) montre comment la gare est un véritable microcosme social à travers les 86 personnages qu’il met en scène, du chef de gare au voleur, des fiancés aux mendiants, du voyageur en retard aux enfants qui jouent avant le départ.

Jan Toroop, Emplacement ferroviaire, +/-1885

Ensuite, même si le cheval de fer, face au cheval de labour (Jan Toorop), continue à être un sujet apprécié des Impressionistes, il devient, au XXème siècle, un thème privilégié des

Ivo Pannaggi, Un train en marche , 1922

futuristes et des cubistes qui abordent le train comme machine de guerre, puissante et destructrice. L’esthétique de la mécanique fascine aussi les premiers cinéastes, les peintres comme Léger ou Servranckx, les écrivains comme Cendrars.

Paul Delvaux

L’esprit est prêt alors pour que le train devienne objet fantasmé comme chez Delvaux ou De Chirico.

Et aujourd’hui, paradoxalement, le train redevient un moyen de retrouver la lenteur et le calme.

Il n’est pas absolument nécessaire d’être un amateur de locomotives ou un voyageur soucieux d’éviter la vitesse pour apprécier cette exposition. La scénographie chronologique donne bien à voir l’évolution du train comme objet d’inspiration artistique en mélangeant les genres, autour des toiles exposées, du cinéma aux affiches syndicales en passant par les photos. On y repère aussi certaines toiles inattendues (un Mondrian de la première époque, par exemple) et quelques bijoux (Spillaert).

J’ai vraiment beaucoup aimé en particulier deux installations. La première, In between de la musicienne Farida Amadou (2021), ouvre l’exposition. Elle propose au visiteur d’intervenir sur un montage d’images filmées de la fenêtre d’un train en marche et accompagnées par une composition musicale de l’artiste, en pinçant d’immense cordes de piano tendues devant la performance. L’impact sur la narration est étonnant.

Et c’est aussi le fil de narration qui conduit la deuxième installation, 1 to 87 de Fiona Tan (2014) , à la fin de l’expo: une vaste maquette, comme les chemins de fer de l’enfance, nous montre le passage d’un train dans une vallée apparemment idyllique. Mais, à bien y regarder…

Exposition accessible jusqu’au 13 février 2022 aux Musées Royaux des Beaux Arts de Belgique, 3 rue de la Régence. Covid safe ticket et carte d’identité. Pass Museum.

Ce texte est soumis à la loi sur la reproduction. Autorisation à demander à amelie.haut01@gmail.com

Photos Amélie Haut

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