Amélie Haut exposait ce week-end au Salon artistique de Charleroi

Très beau succès pour le stand de l’atelier Isara sur lequel Amélie Haut exposait certaines de ses toiles, présentées dans la galerie ci-dessous, ce premier  week end d’octobre.

Pour voir des images du SAC et les toiles d’Amélie Haut exposées cliquez

Vidéo pour une promenade dans le SAC…

 

Yasmina Khadra ou la langue fildefériste

A n’en pas douter, Yasmina Khadra est un auteur universel. Sorti du cadre algérien de ses premiers romans, il pose désormais ses histoires de par le monde. En témoignent son dernier ouvrage Dieu n’habite pas La Havane qui a pour décor la capitale cubaine, ou l’Attentat, situé en Israël, ou encore Les Hirondelles de Kaboul… Mais, selon moi, il n’est jamais aussi exceptionnel que lorsqu’il écrit sur l’Algérie. Je viens de refermer Qu’attendent les singes, un roman de 2014, et j’en suis de plus en plus convaincue.

Son écriture – loin des flamboyances poétiques d’un Kateb Yacine, des complexités alambiquées d’un Boudjedra ou de l’apparente naïveté de Dib – redevient, quand il s’agit de dire l’Algérie, un acteur à part entière de l’intrigue et de l’espace où elle s’ancre. Khadra n’a pas oublié le vers de Boileau, que lui répétaient sans doute avec insistance ses instits français, cent fois sur le métier remettez votre ouvrage, polissez-le sans cesse et le repolissez… Sa langue, qu’il polit sans cesse, est un mélange de candeur et de sophistication, de mots dont l’équilibre précaire fait craindre la rupture du fil sur lequel ils se promènent à d’improbables endroits, de phrasé métissé par deux langues qui, comme deux galets entrechoqués par le courant, se polissent sans cesse. Et cela donne une écriture poudrière, pleine à exploser de mots étonnants, oubliés, régionaux, de phrases qui partent parfois en vrille comme si la réalité était trop lourde à porter mais qui se redressent sur un saut aussi périlleux que le récit.

Et puis, Khadra aime les textes d’engagement. Ainsi Qu’attendent les singes pourrait passer pour un roman policier urbain classique, puisque le texte s’ouvre par la découverte du cadavre mutilé d’une jeune fille, dans une forêt proche d’Alger, et qu’une femme, la commissaire Nora Bilal, chargée de l’enquête, est confrontée aux éléments classiques, ADN ou fibres, qui la conduisent jusque dans les plus hautes sphères du pouvoir. Mais, comme souvent avec Khadra, les métaphores ne sont pas loin et ce n’est pas pour rien que la jeune morte s’appelle Nedjma, prénom dont on sait bien, depuis le roman homonyme de Kateb Yacine, qu’il symbolise l’Algérie. Car c’est de l’Algérie qu’il s’agit, assassinée par ses vieux caciques épuisés mais jamais rassasiés des pouvoirs sans limite que la Révolution, un jour, autrefois, souvent par mégarde, leur a conférés. Et qui mordent encore goulument – jusqu’à tuer, tels des vampires – dans cette jeunesse qu’ils aveuglent de leurs mirages.

Au bout du compte, l’émotion vraie affleure toujours, tôt ou tard, quand Yasmina Khadra écrit sur son pays. Et la fange dans laquelle s’étouffe la ville blanche ne parvient pas à noyer définitivement l’espoir d’un peuple « magnifique », comme il le définit, qui,  à l’image de Zine, le flic sans importance ni prétention, réduit à l’impuissance, garde en lui toute la rage secrète qui, tôt ou tard, l’aidera à redresser la tête.

Bref, si Qu’attendent les singes – et non, je ne vous livrerai pas la clé, superbe, de ce titre – est un polar urbain très noir, il est en même temps une lecture de l’Algérie d’aujourd’hui. Et si Dieu n’habite pas La Havane, il semble bien aussi avoir déserté Alger.

 

Texte soumis à la loi sur la reproduction. Autorisation à demander à amelie.haut@gmail.com

 

Je suis slasheuse et je ne me soigne pas

Ce matin, alors que je participais, innocemment, à un focus groupe sur l’ergonomie des blogs, je me suis fait traiter de slasheuse ! D’abord, Aurore m’a dit, tout de go, c’est évident, tu es une slasheuse. Puis, Muriel a enchainé en considérant qu’il fallait le faire savoir ! Et Célyne, pour n’être pas en reste, a ajouté que ça devait figurer sur mon blog ! Je sentais déjà le rouge de la honte me monter au front et j’entendais mon Jiminy Cricket judéo chrétien persifler mmmmm, pas bon ça d’être une slasheuse… mais, rassure-toi, ton père ne le saura pas !… C’est alors qu’Aurore a renchéri : et d’après ce que je vois ton père était slacheur, lui aussi ! Ouf, ai-je pensé, atterrée mais néanmoins rassérénée, une tare familiale, je ne suis pas responsable ! Un héritage ! Ce n’est pas moi ! J’ai rien fait ! C’est génétique !

Du coup, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai poliment demandé pourquoi elles me traitaient de slasheuse. Mon ignorance était si évidente qu’elles se sont fait un devoir de m’expliquer le concept, se disant probablement que, vu mon âge, j’avais quelque excuse à ignorer que le fil rouge de mon existence était le slash. Car slasheur ou slasher, féminin slasheuse, fait référence au signe typographique de la barre oblique, autrement dit slash, et a été popularisé, dans le sens qui me concerne, par Marci Alboher* auteure d’un ouvrage dans lequel elle met en évidence le fait que certaines personnes juxtaposent ou cumulent des activités totalement différentes au long de leur vie !

De mon temps, on aurait dit parcours multiple, ou diversifié, ou multiforme ou même protéiforme pour paraître cultivé ou alors inconstant voire instable – pour ne pas dire erratique – si le regard était plus critique. Aujourd’hui on dit slacheur. Je suis slacheuse parce que je suis, de façon aléatoire ou à la demande, traductrice/chroniqueuse/ expert qualité/auteure/peintre/blogueuse.

Du coup, en rentrant chez moi, j’ai cherché slasheur, non pas au dictionnaire évidemment, mais sur Google ! Et, à mon grand étonnement, je me suis rendu compte qu’être slasheuse c’était super tendance ! Figurez-vous qu’il y a même des blogs pour apprendre à slasher (moi j’aurais préféré « se lâcher » mais bon …) ! Et des coachs de slash ! Donc, je suis tendance !

Par la force des choses, je ne pense pas que l’effet slash soit, comme on voudrait le faire croire dans les analyses qui se multiplient sur le sujet, propre à la génération des trentenaires actuels « devenus multitâches à l’image de leur smartphone ». Mon père aurait eu 102 ans le 4 août 2016 et il était, de toute évidence, slasheur : publicitaire/écrivain/peintre/commercial. Hors de la logique économique qui oblige certains à cumuler les boulots pour survivre, il s’agit plutôt, selon moi, si le choix est délibéré, d’un état d’esprit, la volonté d’avoir un profil original, un refus du diktat d’un modèle autant que d’une pensée unique, le rejet du formaté, du répétitif ou de l’autoritaire, l’ouverture à la diversité.

Bref, pour moi, il s’agit d’être plurielle pour être. Donc slasheuse.

 

*Alboher, Marci. (2007) One Person/Multiple Careers – How « the slash effect » can work for you, Business Plus Imports

http://www.lesslasheuses.com/wp/

http://www.lexpress.fr/emploi/ces-trentenaires-qui-cumulent-des-jobs_975929.html

Ce texte est soumis à la loi sur la reproduction. Autorisation à demander à amelie.haut@gmail.com