Je suis slasheuse et je ne me soigne pas

Ce matin, alors que je participais, innocemment, à un focus groupe sur l’ergonomie des blogs, je me suis fait traiter de slasheuse ! D’abord, Aurore m’a dit, tout de go, c’est évident, tu es une slasheuse. Puis, Muriel a enchainé en considérant qu’il fallait le faire savoir ! Et Célyne, pour n’être pas en reste, a ajouté que ça devait figurer sur mon blog ! Je sentais déjà le rouge de la honte me monter au front et j’entendais mon Jiminy Cricket judéo chrétien persifler mmmmm, pas bon ça d’être une slasheuse… mais, rassure-toi, ton père ne le saura pas !… C’est alors qu’Aurore a renchéri : et d’après ce que je vois ton père était slacheur, lui aussi ! Ouf, ai-je pensé, atterrée mais néanmoins rassérénée, une tare familiale, je ne suis pas responsable ! Un héritage ! Ce n’est pas moi ! J’ai rien fait ! C’est génétique !

Du coup, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai poliment demandé pourquoi elles me traitaient de slasheuse. Mon ignorance était si évidente qu’elles se sont fait un devoir de m’expliquer le concept, se disant probablement que, vu mon âge, j’avais quelque excuse à ignorer que le fil rouge de mon existence était le slash. Car slasheur ou slasher, féminin slasheuse, fait référence au signe typographique de la barre oblique, autrement dit slash, et a été popularisé, dans le sens qui me concerne, par Marci Alboher* auteure d’un ouvrage dans lequel elle met en évidence le fait que certaines personnes juxtaposent ou cumulent des activités totalement différentes au long de leur vie !

De mon temps, on aurait dit parcours multiple, ou diversifié, ou multiforme ou même protéiforme pour paraître cultivé ou alors inconstant voire instable – pour ne pas dire erratique – si le regard était plus critique. Aujourd’hui on dit slacheur. Je suis slacheuse parce que je suis, de façon aléatoire ou à la demande, traductrice/chroniqueuse/ expert qualité/auteure/peintre/blogueuse.

Du coup, en rentrant chez moi, j’ai cherché slasheur, non pas au dictionnaire évidemment, mais sur Google ! Et, à mon grand étonnement, je me suis rendu compte qu’être slasheuse c’était super tendance ! Figurez-vous qu’il y a même des blogs pour apprendre à slasher (moi j’aurais préféré « se lâcher » mais bon …) ! Et des coachs de slash ! Donc, je suis tendance !

Par la force des choses, je ne pense pas que l’effet slash soit, comme on voudrait le faire croire dans les analyses qui se multiplient sur le sujet, propre à la génération des trentenaires actuels « devenus multitâches à l’image de leur smartphone ». Mon père aurait eu 102 ans le 4 août 2016 et il était, de toute évidence, slasheur : publicitaire/écrivain/peintre/commercial. Hors de la logique économique qui oblige certains à cumuler les boulots pour survivre, il s’agit plutôt, selon moi, si le choix est délibéré, d’un état d’esprit, la volonté d’avoir un profil original, un refus du diktat d’un modèle autant que d’une pensée unique, le rejet du formaté, du répétitif ou de l’autoritaire, l’ouverture à la diversité.

Bref, pour moi, il s’agit d’être plurielle pour être. Donc slasheuse.

 

*Alboher, Marci. (2007) One Person/Multiple Careers – How « the slash effect » can work for you, Business Plus Imports

http://www.lesslasheuses.com/wp/

http://www.lexpress.fr/emploi/ces-trentenaires-qui-cumulent-des-jobs_975929.html

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Les fées ne sont plus ce qu’elles étaient

Avant les fées étaient belles. Leur longue chevelure blonde flottait au vent, leur sourire aurait pu figurer dans une pub de Colgate ultra white, elles changeaient les citrouilles en carrosses et les crapauds en prince ou faisaient sortir de terre des châteaux élégants d’un seul coup de cette baguette d’où s’échappaient des myriades d’étoiles magiques. Elles se penchaient sur les berceaux ou apparaissaient lors des fêtes d’anniversaires pour offrir le meilleur.

Aujourd’hui, les fées ont la sale gueule et l’absence de morale d’un gangster américain venu du Delaware, qui surgit au beau milieu d’une fête d’anniversaire et, d’un seul coup de sa batte de baseball d’où s’échappent des myriades de dollars magiques, fait disparaitre six mille emplois, et offre le pire.

Aujourd’hui, 3 septembre 2016, ma ville célèbre ses 350 ans. Et un voyou shooté au profit des actionnaires aurait voulu lui niquer sa fête d’anniversaire ! KO pour le compte, il espérait ! Mais, en 350 ans, elle en a vu d’autres, ma ville ! C’est pas la batte magique qui la détruira ! Elle tiendra bon, c’est sûr. Elle recomptera ses cicatrices et ça lui donnera du courage ! Elle en a vu d’autres. Allez, fieu, remets une chope. C’est pas ça qui va nous donner la gueule de bois ! On redresse la tête ! On repart au combat !…

Bon anniversaire, Charleroi !