Pedro Romero: la réjouissante écriture des blessures universelles

Ce vendredi 5 aout avait lieu dans le cadre du Festival de Théâtre de Spa la création mondiale de la nouvelle pièce de Pedro Romero, Corbeaux de jour. Tout ceux qui ont vu sa pièce précédente, Belles de nuit, créée lors du Festival de Spa 2014, se souviennent, non sans émoi,  de la scène d’ouverture où Rose  juchée sur son tabouret de bar, s’offrait aux passants dans la vitrine de sa maison transformée en bordel. La silhouette filiforme de l’exceptionnelle Stéphanie Van Vyve, dans sa nuisette corail, exprimait une sensualité époustouflante et annonçait la couleur de la pièce: sexe, couple, amour, désir d’enfant, mais aussi destin, possibilité de réinventer sa vie, autre chance, comme celle que Rose choisit de donner à Nacho (Pedro Romero), l’exilé argentin en fuite et qui déboule chez elle, ou celle que Muriel, la femme de ménage, doit saisir pour vivre sa vie rêvée …

Désormais, dans Corbeaux de jour, Nacho et Muriel (toujours  Stéphanie Van Vyve) sont mariés et ont transformé l’ancien bordel en une entreprise de pompes funèbres. Mais les rêves se sont usés en se frottant à la réalité du quotidien et vendre des cercueils, même en forme de valise, n’apporte pas toujours l’exaltation espérée. Et ce n’est pas le souvenir d’un voyage de noce à Bredene où l’on a partagé des crevettes grises devant une Rodenbach grenadine qui relancera la mécanique du couple. Parce que la vie, discrètement, nous fissure, nous prive de ce que nous pensions être notre essentiel, nous désillusionne, mais nous recadre aussi, change notre point de vue, nous raisonne  (une sorte de sagesse? un apaisement?).

Cette nouvelle pièce de Pedro Romero – dans laquelle il endosse une fois encore les différents rôles masculins – pose toujours la question de la relation à l’autre mais sort, cette fois, du « simple » cadre du couple pour s’aventurer sur des sentiers plus intimes, plus douloureux, peut-être plus tourmentés encore: le rapport au père, à la mère, à l’exil, au passé… Lors de l’avant-première, le silence du public, vibrant d’émotion  lors de certains monologue de Muriel ou de Monsieur Flores, disait mieux que des applaudissements, à quel point les mots de Pedro Romero ont une résonance universelle qui touche chacun de nous. Et Pedro Romero, comédien, n’est jamais aussi bon que lorsqu’il nous livre ces moments de profonde intimité intérieure. Heureusement, comme toujours dans les pièces de Pedro, les éclat de rires abondent (le duo Dalida / Delon revisité est hilarant) et l’humour est omniprésent, parfois très décalé ou très « belge », qui nous emporte et nous requinque.

Et le public si étonnant des avant-premières de Spa l’a bien compris puisqu’il a réservé une standing ovation aux comédiens et à l’auteur, aussi bien qu’à la mise en scène d’Alexis Goslain et aux belles lumières de Jacques Magrofuoco.

Ma pépite du festival 2016, donc. Mais inutile de vous précipiter à Spa pour autant: toutes les représentations sont complètes! Il faudra aller applaudir Pedro et Stéphanie à l’Atelier Jean Vilar de Louvain-La-Neuve du 9 au 29 mars 2017. Ou en tournée lors de la saison 2017-2018!

Et si vous avez manqué Belles de jour, on annonce une reprise aux Riches Claires en 2017!

 

Texte soumis à la loi sur la reproduction. Autorisation à demander à amelie.haut@gmail.com

 

 

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