A voir, sans modération

Jado (Dominique Jacqmart)  exposera avec le collectif ARTsenal du vendredi 28 avril au lundi 1er mai à l’Arsenal, La Chaufferie, 6 Rue des Pères blancs à 1040 Bruxelles. http://artsenal.eu/wp201202/jado/

Isapops (Isabelle De Beul), quant à elle, exposera dans le cadre du Parcours d’Artistes de Tirlemont au Tea-Room Intermezzo, 37 Grand Place à Tirlemont à partir du samedi 6 mai. https://www.isapops.net/

Ces deux artistes se retrouveront au SAC en octobre 2017 à Charleroi!

 

 

Universalité du rhinocéros

Il y a un peu plus d’un an, j’ai eu le plaisir de déjeuner en compagnie du dramaturge et comédien Pedro Romero et de Bart Vonck, poète mais aussi traducteur, à l’issue d’une rencontre que je venais d’animer sur la traduction de la poésie. Les attentats de Bruxelles n’avaient pas encore eu lieu mais nous avions ceux de Paris et de Charlie en mémoire et nous discutions de ces grands textes – poétiques ou non – qui dénoncent les totalitarismes et les fanatismes, les embrigadements et les mouvements de masse. Il m’est venu alors à l’esprit que Rhinocéros, la pièce d’Eugène Ionesco, dont j’avais souvent parlé à mes étudiants, n’avait plus été jouée chez nous depuis longtemps alors qu’elle illustrait parfaitement le propos. J’ai fait part de cette réflexion à mes compagnons. Bart a avancé l’idée que le texte était peut-être daté et nous en sommes restés à ce constat.

Au même moment, Christine Delmotte préparait la mise en scène de la pièce qui serait montée quelques mois plus tard au Théâtre des Martyrs!

Je n’ai pas eu l’occasion de la voir à ce moment-là mais j’ai réparé cela hier soir au Théâtre Jean Vilar de Louvain la Neuve où la pièce se reprenait – à guichets fermés – pour trois soirs et deux matinées scolaires ! Cerise sur le gâteau, l’exceptionnel Pietro Pizzuti, en charge du rôle principal (le personnage de Béranger), a offert à un petit nombre de privilégiés une mise en bouche d’avant spectacle en nous livrant quelques une des clés de la mise en scène épurée de Delmotte. Ne nous attardons pas sur l’argument de la pièce – Béranger assiste impuissant à la métamorphose en rhinocéros de tous ceux qui l’entourent – ni sur le sens qu’Ionesco disait y avoir mis – une métaphore du nazisme autant que du système totalitaire qui s’installait à l’époque (1959, date de création) en Roumanie – car de multiples ouvrages ont été consacrés à l’exégèse de la pièce. Bien des écrits ont analysé sa dénonciation des systèmes qui détruisent la personne au profit de la masse, sa dichotomie nature/culture, la loi morale face à la loi de la jungle ou encore le grégarisme rassurant car le troupeau est plus efficace au moment d’écraser l’individu, affaibli par sa solitude. Il est plus inquiétant de constater que, contrairement aux craintes de Bart Vonck, le texte n’est en rien daté et a pris réellement valeur universelle : la violence animale proposée par les rhinocéros nous rappelle bien des fanatismes d’aujourd’hui autour du monde…, souligne Christine Delmotte.

Malheur à celui qui veut conserver son originalité ! , s’exclame Béranger dans les derniers instants de la pièce avant le sursaut final de la résistance, Je ne capitule pas !.

La scénographie minimaliste de Delmotte choisit de poser les acteurs sur un plateau nu et blanc, où quatre projecteurs mobiles délimitent les espaces, de la place du village à la chambre confinée de Béranger. C’est probablement cette nudité qui rend plus impressionnante encore la rhinocérite exprimée par un recours au gum-boot, danse traditionnelle des mineurs d’Afrique du Sud, ou au body-claping, ainsi qu’à l’argile verte qui recouvre les corps comme une carapace. L’avancée des rhinocéros, dans une semi pénombre, où ne résonnent que les claques assénées sur les corps et les pieds qui frappent le sol, est époustouflante et coupe le souffle. Un usage intéressant de la vidéo, un travail des lumières particulièrement raffiné, des scènes où la langue devient comme une musique sur laquelle dansent des acteurs parfaits dans leur lente transformation, et le jeu de Pizzuti – qui propose un Béranger à la fois incrédule et désorbité -, tout cela prouve que Delmotte a compris la leçon et se saisit de l’originalité comme d’un étendard de résistance.

 

La pièce sera reprise au cours de la saison prochaine au Théâtre des Martyrs à Bruxelles. A ne pas rater, donc.

 

Ce texte est soumis à la loi sur la reproduction. Autorisation à demander à amelie.haut@gmail.com

Deux découvertes muséales

Deux découvertes muséales en une semaine, voilà qui est bien agréable. Je l’avoue, je n’étais jamais allée à la Piscine de Roubaix, construite en 1932 puis reconvertie en Musée d’art depuis le 20 octobre 2001. J’ai donc découvert à la fois le lieu et l’exposition Eloge de la couleur, consacrée à l’emploi de la couleur dans le paysage, l’architecture ou le design. Le mouvement du « colorisme-conseil » apparu après la deuxième guerre mondiale se prolongera dans les années 70 par une vague de concepteurs dont les propositions plastiques iront des motifs supergraphiques à l’art monumental et qui deviendront progressivement des créateurs de produits industriels. Si l’exposition relève plus de la réflexion théorique sur la couleur (déclinaison de tons, nuanciers, projets architecturaux pour intégrer la couleur en ville, etc.) que d’une présentation d’œuvres d’art, elle s’intègre parfaitement dans le superbe espace de la Piscine et de ses cabines de douches qui accueillent en même temps, à l’étage, un « Accrochage textile et mode tout en couleur ». La tissuthèque, présente dans le musée, compte d’ailleurs plusieurs centaines de milliers d’échantillons de toutes les époques ! Notons aussi le décor du restaurant, préservé sous la forme de la buvette d’origine (1932), et le somptueux bassin central entouré de sculptures ! Par ailleurs, la Piscine organise une foule d’activités pour les adultes autant que pour les enfants, des cours, des stages, des conférences, des parcours, des ateliers, des colloques, bref de quoi revenir plus d’une fois… Prochaine exposition Carolyn Carlson, writings on water (du 1er juillet au 24 septembre 2017).

Rouvert depuis 2010, le Musée départemental de Flandre, lui, est installé dans l’Hôtel de la Noble Cour, un bâtiment classé du XVIème situé sur la Grand Place de la jolie cité de Cassel (à une quinzaine de kilomètres de Dunkerque). Le musée se consacre à mettre en valeur la culture flamande quelle qu’en soit l’époque. Après l’exposition L’Odyssée des animaux, peintres animaliers flamands du XVIème terminée le 22 janvier 2017, c’est la place de l’animal dans la création contemporaine qui fait l’objet de A poils et à plumes. On peut y voir, entre autres choses, d’étonnantes sculptures de Jan Fabre couvertes des fameux coléoptères, des scarabées qui incarnent la renaissance, quelques-unes des célèbres peaux de cochons tatouées et tannées de Wim Delvoye, les photos de Marie-Jo Lafontaine ou d’Eric de Ville, l’installation impressionnante, In Flanders Fields, de Berlinde de Bruyckere dans laquelle des structures métalliques recouvertes de vraies peaux de cheval représentent une mort figée pour l’éternité, ou bien encore les croisements taxidermistes de Koen Vanmechelen, sensés signifier la diversité et la multiculturalité… La scénographie générale est construite sur un écho car chaque œuvre est mise en dialogue avec une œuvre ancienne. Citons seulement l’impressionnante Bataille des éperons d’Or de Nicaise de Keyser (1836) face à In Flanders Fields ou Nature morte de chasse avec cygne de Peter Boel (XVIIème) face à Leda, engel van de dood, (2004) cygne naturalisé sur cercueil de bois recouvert d’élytres de scarabée, de Jan Fabre. Mon coup de cœur: un délicieux petit chat fasciné par des tranches de saumon (Jan Fyt, XVIIème)!

Aucun cartel explicatif des œuvres, mais un petit livret assez complet et bien informé accompagne la visite.

On attendra avec grand intérêt la prochaine exposition Le portrait ou le reflet de l’âme ***conçue à partir de la collection du musée des Beaux-Arts de Dunkerque.

 

*Eloge de la couleur, Roubaix, La Piscine, du 1er avril au 11 juin 2017, 23 rue de l’Espérance. Ouvert du mardi et jeudi de 11 à 18h, vendredi jusque 20h et WE de 13 à 18h. www.roubaix-lapiscine.com

**A poils et à plumes, Musée de Flandre, du 4 mars au 9 juillet 2017, 26 Grand Place à 58670 Cassel. Ouvert du mardi au samedi de 10 à 12h30 et de 14h à 18h, dimanche de 10 à 18h. www.museedeflandre.lenord.fr

¨***Du 7 octobre 2017 au 1er avril 2018.

 

Ce texte est soumis à la loi sur la reproduction. Autorisation à demander à amelie.haut@gmail.com