Viva ! ou la musique, de divine essence

Dans le cadre du Festival Musiq3 2017, le Studio 4 de Flagey était plein à craquer, samedi 1er juillet, malgré l’heure étonnante: 11heures du matin ! Mais pas un spectateur n’aurait voulu rater la création mondiale du spectacle théâtral et musical  Viva !, écrit par Vincent Engel et mis en scène par Gabriel Alloing. On connaît très peu de choses sur la vie du « prêtre roux » ; il n’est donc pas surprenant que l’imaginaire d’Engel ait été séduit par les possibles qu’offraient tous les vides laissés dans la biographie du compositeur. Ainsi, loin d’un récit linéaire, il a choisi de nous faire découvrir un Vivaldi dans la soixantaine, plus que jamais hypocondriaque et agoraphobe, qui se défend des critiques contenues dans le pamphlet intitulé Il Teatro alla moda dans lequel Benedetto Marcello, en 1720, moquait les travers de l’opéra et s’en prenait à un personnage nommé Aldiviva, anagramme facilement reconnaissable. Vivaldi livre donc ses réflexions d’homme mûr sur sa vie, sa ville adorée et honnie à la fois, ses œuvres, la fragilité du succès, la versatilité du public, « ses filles », ces jeunes orphelines recueillies à l’Ospedale dela Pietà à qui il enseigne la musique, son père – l’inspirateur adoré et respecté pour qui il est cependant incapable de célébrer la messe de deuil -, et même sur sa foi car, pour lui, écrire de la musique c’est dire Dieu.

L’indispensable Pietro Pizzuti est Vivaldi. Il l’est, tout simplement. Son phrasé si personnel place le verbe raffiné et surprenant d’Engel au diapason des mélodies vivaldiennes jouées subtilement par l’ensemble baroque Les Muffatti. Les chanteuses Julia Szproch et Sarah Théry apportent la délicatesse de leurs voix féminines si chères au compositeur. La scénographie monochromatique de Gabriel Alloing, enserrant Vivaldi sur un espace réduit, cerné par les profils de beaux édifices vénitiens, rend parfaitement l’angoissant enfermement personnel – obsessionnel – du musicien. Un moment privilégié : les derniers instants de Vivaldi dans une image christique soutenue par des effets spéciaux d’une rare élégance.

Le festival Musiq3 s’est achevé mais on pourra (re)voir Viva ! du 7 au 11 novembre à l’Atelier Jean Vilar de Louvain la Neuve.

Pietro Pizzuti sera aussi au Théâtre des Martyrs, Place des Martyrs 22 à 1000 Bruxelles, entre le 19 septembre et le 7 octobre dans la reprise de Rhinocéros, spectacle dont j’ai parlé ici.

 

Ce texte est soumis à la loi sur le droit d’auteur. Autorisation à demander à amelie.haut@gmail.com

 

 

 

 

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