Éthique de la copie

Au sein de notre collectif, « Les peintres du mercredi » qui se retrouvent – le mercredi – à l’Atelier Isara, nous travaillons la plupart du temps à partir de photos. Et il est vrai que pratiquer de la sorte permet de gagner le temps de la réflexion, de la composition, et de trouver un « regard » fini sur un sujet. Dès lors surgit régulièrement la question de la reproductibilité du document et du comportement à avoir par rapport à ce qui est déjà le produit d’une création de quelqu’un d’autre.

L’excellent magazine bimensuel Pratique des Arts a publié, dans son numéro de printemps, un article de Stéphanie Portal consacré à ce sujet. On trouvera sous l’onglet « Transmission » une page proposant la synthèse de  ce texte ainsi que des liens vers des sites juridiques belges qui se penchent sur la problématique de la copie.

Le parfait Jasmin Toccata

Jasmin Toccata, ça sonne comme le nom d’un dessert. Comme pêche Melba ou cassata. Pourtant Jasmin Toccata est un trio musical! De la cassata, il a l’étrangeté du rapprochement entre ses composants. En effet, pourquoi un luth et un clavecin, aux vastes répertoires bien connus, s’accompagneraient-ils soudain de percussions orientales ? Et à la pêche melba, ce légendaire dessert créé en 1893 par Escoffier pour la soprano australienne Nellie Melba, il emprunte la savoureuse délicatesse des compositions qu’il propose.

Car ce trio est extraordinaire ! Et que les choses soient bien claires : je ne suis pas critique musical, ni mélomane avertie encore moins musicienne, je ne sais pas lire une partition et je reconnais plus facilement une clé anglaise qu’une clé de sol. Mais j’ai été baignée depuis l’enfance dans la musique, j’écoute à l’instinct avec un éclectisme débridé, j’aime certaines choses plus que d’autres, et Jasmin Toccata, j’ai adoré. Encore une de ces pépites découvertes lors d’un festival, en l’occurrence celui de Musiq3 !

Jasmin Toccata, donc. Jean Rondeau au clavecin, Thomas Dunford, au luth et Keyvan Chemirani, aux percussions orientales. C’est lors de son travail sur Il diluvio universale de Falvetti, avec l’immense Leonardo García Alarcón, que Chemirani imagine ce rapprochement entre des instruments essentiellement liés à la musique baroque et les percussions orientales dont il joue depuis toujours, au sein du Trio Chemirani dirigé par son père. Et la rencontre avec deux jeunes musiciens virtuoses, audacieux et créatifs, lui permet de donner corps à son idée : construire une fragile passerelle entre les formes, les sonorités, les mondes, les cultures!

Dimanche 3 juillet, à midi (!), c’est un moment de délicatesse sobre ou d’improvisation débridée qu’ils nous ont offert. Car Jean Rondeau peut tout aussi bien ciseler une phrase que faire swinger son clavecin ; il arrive à Thomas Dunford de prendre son luth pour une guitarra flamenca ; les doigts de Keyvan Chemirani deviennent des ailes délicates quand il improvise au Zarb sur Purcell. Et leur complicité fait le reste !

Le public ne s’y est pas trompé. La salle, pleine à craquer malgré l’heure difficile, a applaudi debout. Ainsi, contrairement à la pêche Melba et la cassata, Jasmin Toccata est un plaisir à consommer vraiment sans modération !

Pour un avant-goût…

https://www.youtube.com/watch?v=2cqWqQuJz6w

https://www.youtube.com/watch?v=IIHqyXzUI0U

 

Texte soumis à la loi sur la reproduction. Autorisation à demander à amelie.haut@gmail.com

 

Quatre jours avec Truman

 

Le Brussels Film festival 2016 se termine aujourd’hui. On craint pour l’édition suivante car, après la réduction des subsides, c’est la pluie qui l’a massacré. C’est vraiment dommage. Pourtant, ce festival est magique : il offre pendant une semaine l’occasion de voir, à Flagey, pour 5 euros par séance, des films européens qui ne seront jamais distribués chez nous parce qu’un film lituanien, finlandais, serbe, bulgare ou islandais, ça ne fait pas évidemment pas recette. Et chacun sait qu’un film qui ne rapporte rien n’a rien! Bien sûr, on y découvre aussi des réalisations anglaises, françaises ou italiennes – qui se taillaient une part de choix dans la programmation de cette année – et il y a même des séances pour seniors en début d’après-midi (eh oui, les seniors ça se couchent tôt !) suivies d’une distribution de tarte  (eh oui, les seniors c’est gourmand et ça aime la tarte). Et pour les seniors qui, comme moi, se couchent tard et préfère la vodka ou le cava, il reste les soirées des cinémas polonais et espagnol où entre deux films, on boit et on mange des produits locaux.

Comme chaque année, j’ai vu beaucoup de films au cours de cette semaine, certains réussis, d’autres beaucoup moins, certains attachants, d’autres beaucoup moins, … Et puis, parfois, tout à coup, quand on ne l’attendait plus, on trouve une pépite, un de ces moments de cinéma exceptionnels qui vous marque autant que pourrait le faire un livre. Un film sans violence ni hémoglobine, sans torture ni tueur sadique, sans introspection du moi ni analyse, sans métaphore du monde ni apocalypse sociale… Un film intelligent et sensible. Truman.

Tomás et Julian sont des amis inséparables depuis l’enfance mais que la vie a posés loin l’un de l’autre. Le premier au Canada, l’autre à Madrid. A la demande de Paula, la cousine de Julian, Tomás vient passer quatre jours à Madrid car le cancer du poumon qui ronge son ami depuis un an évolue rapidement. Julian a décidé désormais d’arrêter la chimio, de choisir la date de son départ et d’organiser avec Tomás – désarçonné par la décision – les détails de ses funérailles. Seule ombre dans ce projet, Truman, le chien de Julian. Plus que son chien. Son ami. Son autre enfant. Et l’abandonner, c’est mourir une deuxième fois.

Bon, dit comme ça, c’est terrible. On pleure déjà anticipativement. Et c’est évident que le film compte quelques séquences d’une rare intensité émotionnelle. Mais au-delà de ça, quelle légèreté, quelle finesse, quel humour – les sourcils levés de Javier Cámara en disent plus que vingt gags décalés – , quel enthousiasme pour la vie ! Voilà un homme libre de ses choix, qui les assume, qui vit, jusqu’au bout, intensément, sinon à quoi bon, sans apitoiement, et qui porte sur les choses et les êtres un regard lucide mais avide, superbe – ah ! les yeux bleus de Ricardo Darín ! – parce qu’il garde la main sur sa vie, donc sur sa mort. Le film radieux de Cesc Gay, porté par des acteurs extraordinaires d’humanité, sera sans conteste ma pépite de 2016! Dont la séance devrait être remboursée par la mutuelle, et pas seulement pour les seniors !

Truman, de l’espagnol Cesc Gay sur un scénario de Tomás Aragay avec Ricardo Darín, Javier Cámara et Dolores Fonzi, 2015. Couronné par cinq  Goya : Meilleur Film, Meilleur Acteur (Ricardo Darín), Meilleur Second Rôle (Javier Cámara), Meilleur Réalisateur et Meilleur Scénario original (Cesc Gay et Tomas Aragay).

 

Texte soumis à la loi sur la reproduction. Autorisation à demander à amelie.haut@gmail.com