La transmission comme posture

Aujourd’hui, tout le monde et chacun parlent de posture. La posture, au lieu de se limiter à l’acception connue d’attitude ou de position, devient un principe actif. On parle désormais de posture professionnelle, philosophique, politique ou même littéraire. Dernièrement, Emmanuel Macron confiait au JDD qu’en matière de refonte de l’assurance chômage, il ne devait y avoir ni tabou ni posture!

Bon, moi, ça me va le mot posture pour signifier comportement et je trouve qu’il a toute sa place dans la section « Signes » de ce blog parce qu’il me rappelle le magnifique belgicisme qu’employait Tante Georgette quand elle me disait, en désignant les statuettes en biscuit posées sur sa cheminée, « tu vois, ces belles postures, un jour elles seront à toi ». Je n’ai pas hérité des postures de Tante Georgette. Mais bien de celle de ma mère qui n’entendait pas la vie sans transmission des savoirs. La transmission, chez elle, était, bel et bien, de l’ordre de la posture.

Alors, ce blog se devait d’avoir un onglet Transmission. Voilà qui est fait! Et parce que l’agencement des postures de Tante Georgette sur sa cheminée en marbre obéissait à des règles secrètes, presque magiques, je commencerai par un article sur l’atelier qu’Isabelle Ravet a consacré à la composition! Il n’y a pas de hasard.

Texte soumis à la loi sur la reproduction. Autorisation à demander à amelie.haut@gmail.com

 

 

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De l’indispensable boite à brol*

L’Atelier Isara proposait ce dimanche 10 juin 2016 une journée de formation à l’art de la composition. Ses élèves du mercredi demandaient depuis longtemps à Isabelle Ravet de les initier aux secrets qui président à la mise en scène du sujet. On trouvera d’ailleurs bientôt sur l’onglet « Signes » de ce blog quelques-uns d’entre eux. Mais, ce qui motive cet article ce ne sont ni les lignes de fuite, ni l’espace négatif et moins encore les points de focalisation. Ce qui a interpelé l’imaginaire de Jado, AmHo ou Cécile pendant tout ce dimanche, ce sont les boites à brol d’Isabelle. La boite à brol, c’est un succédané du grenier d’enfance, de la caverne d’Ali Baba, de la malle de grand-mère, du vide-poche ou du fourre-tout. Dans les multiples boites à brol d’Isabelle, il y a des boutons, des tickets de tram, des petites tasses en porcelaine jaune, des verres de Venise, des photos en noir et blanc aux bords dentelés, des chutes de tissus moirés, des essuies à carreaux, des cuberdons, des coquillages, de boule de thé, des dés, des papiers colorés, des œufs de cent ans, des plumes, des bouts de bois, de très petits bols, des bols chinois, et même… des cigares Cohiba ! La boite à brol, c’est la respiration. C’est elle qui offrira soudain à l’esprit, devant la composition défaillante, la réponse qu’il cherchait. C’est elle qui fournira l’équilibre à un ensemble vacillant. C’est elle qui suppléera au vide. La boite à brol, c’est l’incident du tableau. La boite à brol, c’est l’indispensable pulsion de l’imaginaire.

*Depuis 2013, le mot brol a fait son entrée dans le dictionnaire Petit Robert (page 306 de l’édition 2015), référencé comme belgicisme, avec pour définition « désordre, fouillis, ensemble d’objets disparates ». Cet article pourrait donc être compris de Bruxelles aux Pyrénées et jusqu’à Montréal !

 

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Julieta a-t-elle tué Roméo?

Almodovar aime les femmes, on le sait, et ce ne sont pas Pepi, Luci, Bom ou les autres filles du quartier qui me contrediront. Il a donc donné à son dernier film un prénom de femme, Julieta, parce qu’il y revisite l’histoire de Roméo et Juliette. Un soir, un train… et  Xoan, le ténébreux pécheur galicien, s’éprend de Julieta, la solaire andalouse, professeure de lettre classique. Évidemment, tout les sépare – la distance autant que la famille ou les préjugés – mais bon, c’est Roméo et Juliette revisités alors ils se retrouvent, s’aiment et font un enfant. Jusqu’au jour où quelques années plus tard, après une dispute, Xoan part en mer, malgré la tempête, et se noie. Julieta sombre dans la dépression car elle se sent ou se croit coupable de n’avoir pas retenu Xoan / Roméo. Le temps passe. Leur fille se sent coupable. Les amis se sentent coupables. Le temps passe. Tout le monde se sent coupable de l’une ou l’autre chose. Le temps passe. Mais la culpabilité n’a que faire du temps. Qu’elle s’apaise, se taise ou se terre, elle resurgira, un matin, au détour d’une rue, par hasard. Plus que la tempête,  Julieta est-elle décidément coupable de la mort de Roméo?

Non, je n’ai pas aimé ce dernier opus d’Almodovar. Indépendamment d’une écriture cinématographique maitrisée dont il nous montre toutes les facettes, de la voix off au récit dans le récit, du flash back aux ellipses, l’histoire se traine. C’est long, prévisible, ennuyeux. Rien n’étonne … pas même le papier peint des appartements madrilènes, si caractéristique de l’esthétique almodovarienne.

Pepi, Luci, Bom, les autres filles du quartier, leurs mères et moi somme consternées: serions-nous coupables de ce qu’il est advenu de Pedro?

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