Jado expose en solo

Pendant trois jours, Jado présentera une trentaine d’oeuvres originales chez Les Apéros de Philomène  à la Ferme du Passavant (Chaussée de Bruxelles 60 – 1472 Genappe).

Vernissage vendredi 9 juin 2017 de 19.00 à 22.00
Exposition  samedi 10 juin de 13.00 à 19.00 et dimanche 11 juin de 11.00 à 16.00

Merci de confirmer votre présence au vernissage par mail à dominique.jacqmart@skynet.be.

 

Du magasin pour artistes à la quincaillerie

Je ne comptais pas visiter l’exposition consacrée à Pol Bury (Bozar) mais puisque la section bruxelloise des anciens étudiants de l’Université de Liège, dont je fais partie, avait mis cette visite au programme, je m’y suis laissé conduire. Je n’avais aucun a priori, ne connaissant de Pol Bury que quelques sculptures comme les cylindres en acier inoxydables, fixés au plafond de cette station de métro bruxelloise, censés bouger avec les mouvements de l’air déclenchés par le passage des rames mais dont on a l’impression qu’ils ne bougent pas le moins du monde. Bien m’en a pris car j’ai été enthousiasmée par la découverte de la cohérence interne d’une œuvre pensée par un artiste guidé par un projet intellectuel.

Ce qui m’a franchement interpelée dès le début de la visite (excellemment guidée, par ailleurs) c’est d’avoir ignoré si longtemps que Pol Bury était hainuyer (je le croyais français !), né à La Louvière en 1922, et qu’il s’était formé (brièvement) à l’Académie des Beaux-Arts de Mons. Son père, technicien automobile, va l’initier, dès la petite enfance, à la beauté de la mécanique d’un moteur, le cœur du mouvement caché sous une carrosserie certes esthétique mais en fin de compte inutile. Ceci explique peut-être cela !

Lié d’abord au Surréalisme et à Magritte, il quitte le mouvement pour rejoindre Cobra, ce que Magritte ne lui pardonnera jamais. Mais très vite, là encore, il s’éloigne parce que, dit-il, « mon séjour chez Cobra m’a fait découvrir que les groupes étaient utiles à condition d’en sortir ». En 1950, à Paris, il visite l’exposition que la Galerie Maeght consacre à Calder. C’est une sorte de révélation qui le pousse à quitter la peinture pour créer ses premières œuvres mobiles que le spectateur est invité « à toucher » pour faire naître de nouvelles compositions. En 1953, dans un manifeste qu’il co-signe avec d’autres artistes, Le Spatialisme, il définit l’art dans une perspective « spatialiste ». Les trois axes sur lequel toute son œuvre va se construire y sont clairement définis : le temps, la durée, le mouvement. A partir de 1955, il est définitivement considéré comme un pionnier de l’art cinétique. En 1959, il trouve une forme personnelle. Ce sont les Ponctuations qui ouvrent cette période : des plaques perforées qui bougent devant une source lumineuse, des fils de nylon qui de balancent comme les algues sous la mer ou des plaquettes de métal agitées dans une lenteur aléatoire et qui, parfois, produisent des sons (Sculptures à cordes).

A partir des années soixante, et le succès de ses expositions Outre Atlantique, il pensera longtemps s’installer New York mais, sous l’amicale pression du galeriste Aimé Maeght, il optera pour Paris (sans jamais envisager le retour en Belgique, semble-t-il). C’est là qu’il réalise des meubles bien éloignés du concept de meuble tel que nous l’entendons. Il passera ensuite au métal. (Copyright A. Haut pour toutes les photos.)

Ce que j’ai trouvé passionnant dans cette exposition, c’est que l’on voit à quel point toute l’œuvre – bijoux, gravures, sculptures monumentales ou publiques – est sous-tendue par une réflexion, jamais démentie, toujours affinée, appuyée sur la forme géométrique comme la boule, élément présent dès le début dans son imaginaire d’artiste, le cube ou la pyramide, et le temps. Il ne s’agit pas seulement de montrer, par le mouvement, son passage, évidemment inexorable, mais d’y ajouter l’extrême lenteur qui impose la sérénité, la zénitude. Imposer la patience au regard, donc à l’esprit. Imposer l’immobilité pour apercevoir le mouvement et signifier, par le mouvement, l’exact inverse du mouvementé. Figer pour démultiplier. Surprendre pour apaiser.

 

Il faut s’habituer à ce qu’il ne ressemble à rien, il n’est autre chose que lui-même, une chose incongrue qui n’était pas avant d’être inventée par Bury. C’est une forme nouvelle. Ce n’est pas un objet nommable. C’est une intrusion de l’ailleurs dans l’ici.
Eugène Ionesco

A Bozar jusqu’au 4 juin 2017.

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Les dernières flammes d’une très ancienne vigueur…

Je ne connaissais pas Franck Bouysse. J’ai pris son livre au hasard, dans le focus que le Livre de poche proposait sur des auteurs de polars français et que j’ai évoqué ici dans mes petites alertes aux livres (colonne de gauche, regardez bien !)

Je ne connaissais pas Franck Bouysse et si j’ai choisi son livre, c’est parce que, sur la quatrième de couverture, j’ai lu une critique dithyrambique publiée dans Télérama et que j’apprécie les critiques de Télérama.

Je ne connaissais pas Franck Bouysse et quand j’ai ouvert son livre je ne m’attendais pas à grand-chose, rien de plus qu’un polar à la française, bien ficelé sans doute, où l’enquête menée par un flic probablement décalé finirait par se résoudre sur un retournement de dernière page.

Alors, j’ai ouvert Plateau sans a priori et sans autre attente qu’un moment de lecture, parce que lire m’est aussi indispensable que l’air, que je lis partout et souvent n’importe quoi, pour lire, juste pour lire donc pour respirer, ou pour m’insérer dans des vies au fil des lignes, comme un voyeur de mots.

Bref, j’ai ouvert Plateau et je me suis laissé désarçonner par les premières pages avant d’entrer de plain-pied dans un texte magnifique, hors du temps, qui dépiaute le monde du Plateau de Millevaches comme on éviscère les lièvres et les poulets. L’intrigue, ici, en deviendrait presque secondaire, comme ces hommes qui heurtent leur vie à l’indifférence anthropophage du Plateau. C’est le Plateau, omniprésent, qui joue le premier rôle. Ce Plateau d’où l’on veut s’enfuir ou que l’on veut protéger à tout prix, fût-ce celui de vies sacrifiées. C’est le Plateau qui dicte sa loi et il n’importe pas vraiment que ce soit Virgile, Karl, Georges et Cory dont les destins s’entrechoquent parce que la violence des pulsions ou les codes d’honneur sont généralement incompatibles et ne font que renforcer le pouvoir du Plateau. Comme sur le Plateau où rien n’est évident, là où la vérité se dissimule dans les broussailles, les grottes ou sous le gel, le récit se construit par allusions, sur des non-dits, des choses qui auraient dû être mais n’ont pas été ou n’ont pas pu être et dont on s’accommode. Jusqu’à l’explosion.

Mais ce qui m’a vraiment enthousiasmée, c’est l’écriture, forte mais ciselée, violente mais émue, aux métaphores tantôt délicates tantôt puissantes où les pulsations de la terre et du sang s’incrustent dans des images qui ébranlent. Une écriture qui mériterait sans conteste de trouver sa place dans une collection de littérature blanche, comme le confirme Grossir le ciel, un autre roman de Franck Bouysse que je me suis empressée de découvrir à la suite de Plateau, et qui a tenu toutes ses promesses, bien que sur un registre mineur mais tout aussi poignant.

Ainsi, parfois, très rarement, il y a un moment de lecture qui suspend le temps, qui rassure quant au pouvoir des mots et du style, moment vital où l’esprit en redemande et repart, ragaillardi, vers d’autres pages noircies.

Bouysse, Franck, Plateau, 2016, La Manufacture de Livres et 2017, Livre de Poche

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